L’école de l’échec

Timeline unpossible

Si vous êtes de ceux qui ont, à un moment de leur vie, fréquenté les dojos de Judo, souvenez vous, la première chose que l’on apprend c’est à tomber, tomber sans se faire mal, tomber encore. Et ce n’est qu’une fois assuré que vous saurez tomber (échouer) sans risque que l’on commence à vous enseigner comment gagner. Que ne le fait-on pas dans l’enseignement traditionnel qui ne nous apprend qu’à gagner, alors que, soyons honnête, nous sommes amener à échouer bien plus souvent qu’à réussir. Pour Pierre Belon, fondateur de Sodexo « La réussite, c’est juste quand la somme de nos réussites est légèrement supérieure à la somme de nos échecs ».

« La réussite, c’est juste quand la somme de nos

réussites est légèrement supérieure à la somme

de nos échecs » . P. Belon

Curieuse étymologie que celle du mot -échec-, qui emprunté au persan šā h désigne, à l’origine, l’interjection d’un des joueurs « d’échec » avertissant son partenaire que son roi est menacé. L‘échec serait donc un jeu ? Mais est-ce que l’échec existe ? Une question de point de vue ; qu’est l’échec dans « un monde qui est l’anamorphose de Dieu » (Leibniz) sinon l’échec (impossible) de Dieu. Est-ce que Job échoue à prospérer quand il reste constant à sa foi, « l’histoire à un sens qui échappe à ceux qui font l’histoire » ? L’échec est moins une réalité que le sentiment de l’échec. Deux attitudes « culturelles» face à l’échec : la première, la culture de la faute, occidentale et biblique, échec et culpabilité unis dans l’intériorisation de la faute originelle. La rédemption est d’essence divine, la confession seule permet d’y prétendre. Pour Nietzsche « la modernité est un dressage à l’acceptation de la faute ». La seconde, la culture de la honte, asiatique, orientale, échouer s’est apparaître indigne de son rang, la rédemption est d’essence sociale, seule le suicide répare l’ordre social.

Raymond Domenech lisant la lettre des joueurs-grébvstes de l’équipe de France de footabll en 2010 à Knysna

Raymond Domenech lisant la lettre des joueurs-grébvstes de l’équipe de France de footabll en 2010 à Knysna

Mais faute ou honte, qu’est ce qu’échouer ? Est-ce de ne pas atteindre un objectif ou de ne pas avoir tenté de l’atteindre ? Qu’est ce qui est le plus admirable, de s’engager sans réussir ou de réussir sans s’engager ? « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (Le Cid, Pierre Corneille). L’école de l’échec, ne serait-ce pas remplacer la peur de la honte par le désir de gloire ? Reconnaître la puissance de l’engagement, la force des actes. Toute réalisation est la traduction « trahissante » d’une ambition. La réussite devient anecdotique, ce qui est important c’est qu’un nouvel ordre advienne, comme l’illustre la légende Arthurienne dans laquelle Perceval échoue à trouver le Graal ». Etre en échec, c’est encore être regardé par le collectif. L’échec ultime, c’est quand l’échec lui même n’est plus atteignable, c’est ne plus être « regardé » par le collectif. C’est l’échouage. Echouer est une action, s’échouer est un état, une langueur, une mélancolie, un effacement

« Qu’est ce qui est le plus admirable, de

s’engager sans réussir ou de réussir sans

s’engager ? »

Dans l’entreprise nous culpabilisons moins l’inaction que l’échec, nous avons été formé à « réussir » jamais à échouer, alors que l’on échoue bien plus souvent que l’on ne réussis. Si vous recrutez à la sortie des grandes écoles, prenez les derniers, ceux-là connaissent l’échec, l’ont apprivoisé et n’ont jamais baissé les bras pour obtenir leur diplôme. A l’école de l’échec on ne réussis pas à chaque fois, mais on se bat toujours. L’innovation est dans les marges. C’est le syndrome du cancre talentueux qui s’ennuie dans l’ordre des lignes et trace d’autres dessins [dessein] dans les marges de ses cahiers. L’innovation est toujours une désobéissance qui a réussi. Pour des résultats extra ordinaires, il faut faire mettre en échec les règles ordinaires. L’échec ébranle les certitudes, fissure le cadre et les fissures laissent passer la lumière. Il ne peut y avoir d’innovation sans cette lumière qui filtre là où craquent les convictions, sous les assauts de nos erreurs répétées, comme un bélier défonçant les portes du possible.

« A l’école de l’échec on ne réussis pas à chaque

fois, mais on se bat toujours.»

Ainsi, nous proposons 8 principes pour mettre sur pied une véritable école de l’échec :

  1. Echouer est une idée joyeuse, elle est la preuve d’une gourmandise, d’un appétit.
  2. Ne pas souffrir de la frustration de l’échec, la vraie frustration c’est de ne pas avoir essayé.
  3. Se tromper, mais vite. La cohabitation heureuse avec l’échec permet de l’identifier plus rapidement et donc de ne pas persévérer dans l’erreur.
  4. En finir avec les images toutes faites de la réussite, il y a autant de façon de réussir que d’individus.
  5. Recruter des cancres, ceux là même qui ont appris à échouer, qui on appris à se jouer de cette fausse honte, mais ont gardé intact leur énergie et leur curiosité.
  6. Déplacer les points de vue, favoriser la transversalité, ce qui est un « échec » peut être la base de la réussite pour un autre (un projet n’a pas de honte).
  7. Quand ça ne marche pas, revoir le processus avant de mettre en cause les finalités
  8. Ecrire dans les organisations, une épopée des échecs. Les rapports d’activités, la communication interne ne parle que des réussites, il faut exalter les échecs, comme preuve du dynamisme et de la volonté d’inventer le futur, une épopée de l’effort et de l’engagement.