Atelier philo du 07/11/2014 – I-Lab d’Air Liquide

Timeline unpossible

Atelier philo du 07/11/2014 – I-Lab d’Air Liquide

Objectifs de la séance

  • Définir, à partir du travail philosophique effectué en atelier, des outils qui facilitent la démarche d’innovation dans l’entreprise.

Organisation de la séance

  • récapitulatif des 4 modules étudiés : Vices et vertus / L’école de l’échec / La solitude du dirigeant / La panne du désir
  • atelier en deux groupes. Objectif : Commencer à définir les outils.

Nous avons dans un premier temps établi les qualités que la philosophie pourrait mettre au service de l’innovation, notamment en situation d’échec. La philosophie est :

  •  un apprentissage de la critique dans le sens d’une « contestation fertile ». Disputare (lat.) : examiner de fond en comble, discuter.
  • une inspiration, un patrimoine : il s’agit d’enrichir le vocabulaire de l’entreprise pour raconter le long terme. Georges insiste sur le caractère « exotique » de la philosophie, patrimoine de l’Humanité.
  • une manière d’apprendre à différer l’ « utile », à reconquérir le long terme.

Nous avons ensuite relié ces postulats aux besoins que l’entreprise peut rencontrer dans sa démarche d’innovation. Nous relevons notamment :

  • un défaut de communication dans une situation d’échec : comment tirer l’or du plomb ? Comment faire de l’échec une ressource exploitable pour l’innovation ? La peur de l’échec favorise la panne du désir d’innover.
  • un manque de langage dans l’entreprise. Une étude prouve que chaque profession aurait un jargon de 300 mots environ. Pour la comparaison, Manuel précise que les bergers allemands comprennent 300 mots.
  • le manque d’un temps « suspendu » au sein de l’entreprise qui échappe au temps de l’entreprise, soumis à la contrainte de l’utilité et de la rentabilité immédiates.

 1. La philosophie : fournir un patrimoine et du langage aux entreprises.

  • La philosophie peut être un moyen de traduction, d’intermédiation au sein des entreprises. L’intervention de la communauté consisterait alors à donner accès  au patrimoine philosophique. Il s’agit de ne pas réutiliser toujours les mêmes histoires, les mêmes mythes.

Par exemple, nous évoquions que la pensée orientale, notamment chinoise, serait tout à fait adaptée à une réflexion sur l’innovation. L’innovation désigne en effet quelque chose « qui va changer ». Or, les fondements de la pensée chinoise reposent sur le changement (le réveil, le ralentissement d’une activité, la tradition et ses variations, le désengagement… ) : comment pense-t-on et comprend-on les rencontres et les confrontations entre des traditions différentes ?

Comment activer ce patrimoine en entreprise ? Comment le formaliser ? Attention somme toute à cette « formalisation », qui pourrait détourner la nature « exotique » de la philosophie. Il ne faut pas perdre cet aspect « décalage ».

  • La philosophie est une inspiration : on manque de muses en entreprises ! L’inspiration passe non seulement par la réactivation d’un patrimoine mais également par un enrichissement du vocabulaire. Le langage permet de régénérer une respiration, et une inspiration.
  • La philosophie conduit à ce que l’on appelle le savoir émancipatoire : comment me distancier de moi-même et échapper à mon système de pensée pour développer un terrain de réflexion propice à l’innovation ?
  • Notre travail consistera également à prendre en compte les émotions évoquées par les acteurs de l’entreprise : elles expriment quelque chose (cf. sophrologie). Il faut donc les utiliser comme des moteurs. Parallèles effectués avec les écrits sur les passions des auteurs tels que Spinoza, Fourier ou encore Habermas.

2. Un espace de dispute à utilité différée

Le groupe a pensé à un lieu de dispute (etym. : examiner, discuter) à utilité différée.

  • Il s’agit de créer un terrain propice à la contestation fertile. C’est un espace où on accélère la compréhension des concepts philosophiques, la mise en pratique. On a vu dans un cadre universitaire deux profs en chair s’affronter sur un même sujet, contractant un désaccord cordial mais ferme. Deux esthétiques différentes sortent de cette « dispute ». Il n’y a pas qu’une seule solution. La dispute est un exercice qui institue le droit de résistance : « On ne va pas obéir ». Ce procédé  exacerbe notre capacité à être collectivement présent à un projet parce qu’il y a des nuances dans la façon dont on le traite.
  • La notion d’utilité différée donne du souffle à l’entreprise. Le concept d’utilité différée vient court-circuiter le temps de l’entreprise, le temps de la rentabilité. On casse la linéarité du travail pour faire un pas de côté et prendre du recul. En effet, les entreprises sont en quelque sorte les dernières institutions qu’il nous reste. Cependant le marché manque cruellement de la vertu de patience alors qu’elle en a le plus besoin. On peut ici évoquer la puissance de l’algorithme qui prend des décisions et fait gagner beaucoup d’argent en l’espace de microsecondes (ndlr : ils agissent 6800 fois plus rapidement qu’un clignement d’œil).  Il s’agit de faire comprendre aux gens que la réussite et la grandeur n’ont pas la même échelle de temps. Et pour le fait humain, c’est la grandeur qui compte.  De nos jours, l’homme qui calcule a l’avantage sur l’homme qui réfléchit. On a souvent annihilé, en entreprise, cette disponibilité à la rencontre avec l’imprévu, la sérendipité, la bienveillance.
  • Ce « dispositif », lieu, espace… s’apparente à une salle dédiée à l’échec, principalement. En raison de notre culture exacerbée du zéro défaut, surtout dans les métiers du transport intrinsèquement liés à la problématique de la sécurité, on n’ose plus prendre un pas de recul quand on a encore la possibilité de le faire : en effet, c’est très mal vécu en interne qu’une innovation soit en réalité une erreur, et qu’on remette le projet à un autre moment. Or l’échec appartient à un temps et un espace bien définis. Dans le futur, ou à un autre endroit, l’innovation n’aurait pas été perçue de la même façon. Cf. Léonard de Vinci qui a connu des échecs cuisants. Osons les échecs ! cf. « Osez les Josettes » Sylvie SNCF. Les josettes sont les échecs. On veut fêter les réussites, fêtons aussi les échecs et tirons-en des enseignements.
  • Nous avons également évoqué le bien fondé de la marche « réflexive ».