Distillerie du 11/05/2016

Timeline unpossible

Distillerie du 11/05/2016

Question tour de table du groupe sur l’économie collaborative ?

  •  Economie collaborative fonctionne aussi avec des acteurs qui achètent c’est-à-direexemple voiture (blablacar) pour que des personnes puissent véhiculer d’autres personnes, il faut qu’il existe des personnes qui achètent à la base une voiture. -> château de carte, si on « abime » les propriétaires (difficulté d’acheter, envie, possibilités d’acheter), l’économie collaborative va vite s’effriter.
  • Question qui intervient tout le temps : relation avec les institutions / les états : comment faire pour que cette relation soit plus collaborative ?
  • Question brulante est celle du travail : définition du travail ? les organisations qui conditionnent se travail ? comment peuvent-elles s’organiser demain ?
  • Ce que l’on nomme aujourd’hui économie collaborative est-il séparable du numérique ?
  • D’où l’économie collaborative émerge aujourd’hui ? d’où trouve-t-elle ses racines ? que se cache-t-il derrière ?
  • J’en ai assez du collaborative. Je comprends bien la notion d’économie de partage mais le collaboratif : je trouve que l’on collabore de moins en moins, on se cache derrière un mot …
  • Pourquoi on a réuni les termes « économie » et « collaboratif » qu’est ce qui fait sens ? est-ce que c’est une nouvelle économie ? un nouveau champ de valeur ? un recyclage de concepts existants ?
  • Depuis au moins une semaine, je m’interroge sur comment on peut mettre en perspective les travaux de Clisthène (l’invention de la cité à la fin de la Grèce archaïque) et ce thème de la collaboration ? comment s’articule communautarisme collaboration et communisme ?
  • Notion du travail : comment l’économie collaborative questionne le travail ?quelles transformations cela engendre ? quelle place de l’homme dans tout ça ?
  • Comment l’économie collaborative peut impacter, demain, sur le sujet des déplacements ?
  • Idée de chair capitaliste : exemple d’une start-up qui a levé deux millions, et s’est fait racheter par une entreprise, récupérer deux milliard. comment les gens qui ont investi dans ce genre de société peuvent trouver leur bille même si ils se font racheter ?
  • Que veut dire économie collaborative pour nos processus internes en entreprise ?
  • Est-ce que c’est juste un nouveau nom / approche marketing d’une économie ? ou cela annonce une tentative de transformation sociale sociétale politique ?
  • Un nouvel modèle d’économie / production (infrastructure moyen objet travail) ? enjeu à repenser autour de ces nouveaux modèles de travail pour les sécuriser ? comment repenser le travail ?
  • Evolution de la relation entre les usagers / administration ect et service public. Raccourci : lorsque le client / usager … a pris part à la création d’un service, celui fonctionne bien de manière générale -> comment innover dans le service public ? Comment ces modèles-là interrogent l’entité-état dans ses périmètres ? intérêt à fonctionner en réseaux avec des partenaires externes ?
  • En quoi, quelque que soit l’évolution autour de ce domaine naissant, cela va ancrer des choses irréversibles ? (relation au travail, relation aux objets, gens, institutions)
  • Quel mot sert d’alibi à l’autre ? on a l’impression que collaboratif justifie l’économie où est-ce l’inverse ?
  • Comment coopérer / collaborer entre des organisations qui n’auraient pas la possibilité de faire ? (diversité des acteurs)
  • Economie collaborative = plutôt logique. Le sujet est plutôt la modalité/cadre de l’économie collaborative. Je m’intéresse à l’industrie 4.0 : nourrir la réflexion sur l’économie collaborative dans ce domaine.
  • La réinvention du commun ?
  • Dimension politique très forte (création nouveau pouvoir, nouveau sphère de pouvoir). Comment les acteurs de l’industrie / universitaire peuvent s’emparer de cette question ? si nous passons à côté de cela, sommes-nous pas en train de rater quelque chose d’essentiel ?
  • Qu’est-ce que cela voudrait dire au niveau du travail ? cette création de nouvelles sphères de pouvoir ? comment créer le lien ou pas ?

Intervention Dominique Christian

Dans la vulgarisation : on met souvent en perspective la collaboration par rapport à la coopération et puis la coordination. On observe une gradation : coordination coopération puis collaboration. Avec la collaboration on rentre dans le domaine des relations humaines alors qu’au départ la coordination est plus dans le domaine des tâches.

Je suis parti du collaboratif avec cette composante d’échange humain et mis en perspective avec deux thèmes historiquement développés : le communisme et le communautarisme.

Une représentation en 2 axes :

Le communisme s’opposait systématiquement au libéralisme. Dans le communisme, il y a deux grands champs : le partage des biens et le partage des moyens de production. Quand on parle du groupe collaboratif, il est exprimé souvent le partage des moyens de production et d’un autre coté on parle de uber / airB&B et l’ultra libéralisme. C’est un objet intéressant de réflexion puisque cela sature une opposition structurante. En effet, on serait dans un autre monde puisque ce qui est structurant ne semble ne plus fonctionner pour décrire l’Object, ici l’économie collaborative. C’est ce que l’on appelle une crise : une crise n’est pas un problème mais c’est quand la grille de lecture du monde ne fonctionne plus.

Exemple = quand le vin a tourné, cela ne fait pas crise. Par contre quand on a du lait contaminé cela fait crise car le lait n’est pas censé être un poison, c’est plutôt même le contraire.

Cette idée d’économie collaborative ne rentre pas spontanément dans la case distinguante.

Le deuxième axe est l’idée du communautarisme, avec en opposition l’exclusion.

J’ai en haut de mon axe vertical les règles divines et des collectifs déterminés par des règles transcendantes puis on descend vers des règles autonomes puis l’émancipation. On développe l’idée d’isonomie.

Clisthène, fondateur de la pensée grecque de la cité

Clisthène est le premier qui pense la cité. Il existe peu de récit / écrit car ce qu’il a développé n’a pas plus aux puissances dominantes en Grèce. Il a développé l’isonomie : le droit, le commun et l’égalité devant la loi. Il repense toute la cité d’Athènes sur ce modèle. Le point « chaud » est de considérer que l’individu existe d’abord dans un collectif avant de s’individuer.

Dans la Grèce archaïque, les personnes existaient en fratries, qui se composaient en tribu et les tribus en nation. Clisthène va substituer à ce modèle, les dèmes : qui sont l’unité première de socialité.

Une logique de construction de la cité sur la guerre

Il est important et clef de savoir que la construction de la cité relève d’une logique guerrière dans la Grèce antique. En effet, la base de la cité est déterminée par la façon dont on s’installe sur le champ de bataille, qui va ensuite déterminer comment on s’installe entre les périodes de guerre. Les grecs étaient un peuple de guerriers, mais raisonnables : les guerres se passaient entre les semailles et la récolte : il y avait des accords sérieux. La guerre était très ritualisée : à dates précise et à lieu précis (les champs de bataille).

La guerre servait à plusieurs choses :

  • La formation continue des jeunes : l’épreuve de la guerre était l’épreuve qualifiante.
  • Servait à produire la ressource de laborance (esclave).

Définition d’homme libre & esclave

En Grèce l’homme libre était celui qui ne travaillait pas. Celui qui travaille est esclave. La notion d’homme libre, au 6e et 7e siècle, se définit en creux par rapport à l’esclave. C’est-à-dire que la notion définie est celle de l’esclave. La notion d’homme libre se définie ensuite en opposition.

Aristote note l’idée que lorsque les machines vont marcher toutes seules (métier à tisser à l’époque par exemple) il n’y aura plus besoin d’esclave. Par conséquent, si y plus d’esclaves, il y a plus de définition de la spécificité d’homme libre. Qu’est-ce que l’homme libre puisqu’il est défini en creux par rapport à l’esclave ?

Il existe un autre statut à Athènes : le métèque. Le métèque est une personne qui aurait pu être libre (homme libre dans son pays) mais qui est à Athènes. Athènes a mis trois siècles à clarifier cette idée, Sparte ne l’a jamais introduit.

A Athènes, la guerre était faite contre des grecques : les prisonniers payaient des rançons et l’argent servait à acheter des esclaves venant d’ailleurs. Ainsi, les esclaves athéniens n’avaient aucunes origines ou langue commune. Il n’y donc jamais eu de révolte d’esclave, contrairement à Sparte.

A sparte les prisonniers devenaient esclaves. Ainsi, les esclaves étaient grecs, parlaient la même langue et avaient des origines communes.

La guerre coutant cher en homme, Athènes a fini par mettre des esclaves sur le champ de bataille. Ils devenaient ainsi homme libre / citoyens. Sparte a été sur la logique de mercenaire et la citoyenneté n’a pas été liée à la guerre.

Le processus de guerre

A Athènes, la guerre se fait entre voisins : la vie est organisée pour la prochaine bataille, les régiments sont les voisins et quelqu’un qui ne tient pas son rôle sur le champ de bataille risque l’esclave / n’est plus citoyens.

Pour Clisthène, les individus ne font pas la bataille, ce sont les phalanges. La phalange est une lance que je ne peux pas tenir seul, je la pose donc sur l’épaule de mon voisin ; il n’y a pas d’armement individuel. L’armement suppose immédiatement une activité collective. Les gens qui dérogent, incapables de tenir leur rôle dans le collectif, sont donc exclus y compris de la citoyenneté.

Si la bataille est une crise majeure, c’est effectivement là que se construisait le ciment du collectif.

Les dèmes

Clisthène a eu l’idée que ce qui va fédérer les collectifs / les régiments en civil (dème) : ce sont les rituels. Il va inventer l’idée de dieux spécifiques pour chaque dème.

Un dème va se substituer aux fratries (liée à la famille). Le lien familial sera remplacé par l’appartenance qui fait sens sur le champ de bataille mais correspond aux voisinages.

Dème = Des « micros quartiers » un peu comme les conscrits.

Le dème est le régiment au repos. Les dieux spécifiques aux dèmes se retrouvent chez nous sous la forme des saints patrons.

Le rituel est au commencement

En effet, ce qui définit un collectif est un rituel / sacré commun.

Selon les travaux de Hocart , au commencement est le rite. L’identité collective est autour du rituel. Le rituel est important car il distingue d’un quartier à l’autre les dieux tutélaires qui ne sont pas les mêmes. Le rituel est ce qui permet de résoudre la grande question en Grèce : qu’est-ce que c’est qu’un humain ? C’est quelque chose qui se distingue du monde animal, du monde des dieux et du monde des morts. Le rituel va permettre de circonscrire ces mondes.

La cité est quelque chose qui se construit par la séparation des autres par le rituel. Tous les humains ont en commun de se distinguer des dieux / des animaux / des morts puis ils se distinguent entre eux.

Actuellement avec l’I.A la distinction qui a tenu quelque millénaire entre les humains et non-humains ne tient plus : quels rituels va ton reconstituer pour distinguer cela ?

La première réaction quand un collectif s’interroge sur son identité, est de s’interroger sur ses frontières par l’exclusion. Ce thème de l’exclusion ne peut être réglé que par l’affichage de la question des rituels. Quand je comprends ce qui fait tenir ensemble, je peux me situer par rapport à ça. On trouve la même question dans l’espace collaboratif : comment je gère les entrées et les sorties et les appartenances ? Sinon je remonte vers le communautarisme.

Individu et collectif

La vraie question : est-ce que l’individu existe avant le groupe ou non ?

En chine l’individu est « second ». Dans notre culture, le prénom arrive avant le nom. La singularité est avant l’appartenance. Tu existes en tant qu’individu et l’on va se poser la question de ton appartenance à un collectif. En chine j’ai un nom et un post nom : d’abord une appartenance et après je m’en distingue.

Le processus d’individuation est un processus second : je ne préexiste pas à la relation. Dans l’idée de l’espace collaboratif, en général, on fait l’hypothèse que les individus préexistent avant leur relation. Dans la plupart des cultures (autre qu’occidentales) c’est d’abord le collectif qui existe et après je m’en singularise.

Quand des chinois arrivent en France, ils sont surpris / choqué par notre manière de faire au restaurant. On invite au restaurant des amis, mais chacun prend un repas différent pour soi-même, on ne partage pas. La base de la convivialité c’est de partagé. En Chine, lorsque l’on va au restaurant une personne va prendre un poisson l’autre une viande ect … On va manger ensemble et gouter à tous. Le plus petit chinois a compris qu’il existe un collectif. Le plus petit occidental a compris que chacun pour soi.

Il y a une grande rupture entre la caste dirigeante formé à Harvard et le reste de la chine. Le point le plus terrible c’est l’enfant unique : car l’enseignement du collectif existe avant l’individu de la fratrie. Les rituels et système de valeur été transmis par le grand frère. Avec l’enfant unique, il y a une vraie crise de l’apprentissage et du collectif.

Institution et marché

Il n’y a pas de différence éthique ou métaphysique entre l’institution et le marché. La relation la plus simple : j’ai une force, un travail, des ressources et quelqu’un un a besoin donc on échange et il existe un coût de transaction. Si l’échange devient régulier, je vais optimiser ces coûts de transactions, les réduire en instituant.

Je suis un promoteur et fabrique des objets. Régulièrement je demande à des sous-traitants : je vais donc réduire le temps de discussion sur le prix, je vais l’instituer.

Toutes les institutions sont nées dans un souci de réduction des couts de transactions de marché. Il y a un moment donné si les relations sont complexes, les marchés/produits différents ; l’institution devient inadaptée et je reviens à une logique de marché. C’est ce qui se passe avec l’espace collaboratif, ou je reviens sur une logique de marché.

Avec une nuance près, c’est que dans les logique collaboratives ou dite collaborative il y a une logique de plateforme = une logique d‘organisation des relations entre les personnes. Il y a une re-création d’un deuxième lien de marché sous l’alibi du collaboratif. Cette logique de marché / transaction ignore totalement la création d’externalité, qui est aussi lié à la logique de collaboratif.

Quand je recherche AirB&B, je ne recherche pas seulement un lit mais aussi un quartier, avec les bonnes adresses qui vont avec ect … En quoi ce genre de dispositif que l’on intègre dans les grandes entreprises reprennent ces logiques la ?

Le problème c’est que ce statut peut être provisoire = soit cela va aller vers l’institutionnalisation ou soit vers le marché. On parle de communauté alors que par définition on a l’impression que le collaboratif n’est pas une communauté. La question de l’externalité est liée à une logique qui est au-delà de la transaction.



Réactions

  •  Une communauté est différente d’un réseau = réseaux c’est une succession de relation entre des personnes individuelles. Une communauté c’est des relations communes entre plusieurs personnes.
  • Deuxième chose = on est choqué que des gens génère de l’argent. Exemple = si un joueur de foot crée du rêve, on « accepte » qu’il gagne autant d’argent. Je ne vois pas automatiquement un conflit si des personnes suffisamment maligne / intelligente pour construire quelque chose qui permet à d’autre de bénéficier de relations… pour moi ce n’est pas contradictoire.

Le problème est plutôt dans la dissonance entre les valeurs affichées et les actions = grille de valeur confuses, elle porte les 2 axes en même temps.

  • En entreprise : Sur le collaboratif et l’absence de hiérarchie, actuellement on est dans une période de transition : on a le choix entre la bonne vieille suite de Microsoft qui n’est pas collaboratif et les outils Google qui le sont. Dans le cadre d’une collaboration qui rend très autonome, certains hiérarchiques oblige les gens à utiliser des outils collaboratif.
  • « quelque chose qui retombe dans une logique de marché » = une logique de marché c’est une logique d’échange libre. Le fait d’associer ça à quelque chose qui retombe donne quelque chose de négatif alors que l’idée d’échange libre parait plutôt positive. Du coup, cela me questionne sur le sujet de l’économie collaborative = en quoi cela est gênant que cela retombe dans une logique de marché / échange ? en quoi cela discrédite quelque chose ?

Le débat est sur l’institution et le marché. L’objet d’étude est quelque chose qui perturbe la distinction classique entre institution et marché. Lors d’une crise, ce qui est important, c’est le socle éthique. Lorsque tu sors de la « partition /règles » actuelles, parce que ta grille de lecture est perturbée ; ce qui va guider le comportement et éviter la barbarie c’est le socle éthique. Les marqueurs actuels, le niveau éthique des acteurs du système collaboratif, ne me semble pas à la hauteur des enjeux éthiques (preuve : AirB&B, uber ..) Est-ce qu’il y aura une régulation ? Le souci est de présenter une régulation de façon positive un dispositif qui déséquilibre. Dispositif au-dessus d’eux ?

  • L’économie collaborative est avant tout de l’économie mais de manière nouvelle. On est toujours dans le marché. Cela vient interroger une réflexion qui reste à construire = la post- économique ? y a-t-il un modèle économique alternatif ? C’est quoi les modèles émergents ?
  • toujours été convaincu que le numérique ne crée en rien du collaboratif. Par contre sur l’axe libéralisme / communisme j’ai toujours eu un léger doute sur la logique libérale : parce que cela suppose que l’on a un système parfait : tout consommateurs à accès à tout temps au meilleur produit et il le sait. En théorie, avec le digital, la qualité d’information mises à disposition est susceptible d’augmenter.
  • Il faut distinguer le capitalisme du libéralisme. Le libéralisme implique du point de vue de l’usager (largement fictif) qu’il est en situation de choix rationnel. Cela est faux mais pas nocif : une illusion structurante. La logique propre du capitalisme concerne le monopole ou les moyens d’investissement que l’on va éventuellement ne pas redistribuer mais surtout garder dans un entre-nous ou l’on est dans un « club mondial ».nb= y compris les plus libéraux ont mis des lois anti-trust.
  • le libéralisme a pensé le marché pour qu’il reste ouvert, c’est-à-dire le monopole comme étant quelque chose qui va se casser dans le temps. L’innovateur réel se retrouve en situation de monopole temporaire. Le monopole en tant que tel n’est pas gênant c’est sa protection qui l’est (par des marchés, état, institutions etc)
  • 3 biais dans le libéralisme = possibilité de créer des monopoles, le fait que l’agent économique n’est pas rationnel, et qu’il n’est pas informé. Est-ce que le digital et l’économie collaborative peuvent permettre d’élever le niveau de qualité de l’information mises à disposition ?
  • La question première de Clisthène c’est la logique c’est la guerre. Ce qui structure l’ensemble des relations dans la cité c’est la guerre, est ce que dans le collaboratif il y a une hypothèse différente ou pas ? Est-ce que c’est une logique de tensions / rupture ou est-ce que il y a l’hypothèse d’autre chose ?

 Post-it vert : un point essentiel

  • Que veut dire exister dans cette économie collaborative ?
  • La force du rituel des espaces collaboratifs génère de l’exclusion ce qui est contraire aux valeurs affichées ?
  • Pour éviter le communautarisme, l’appartenance doit être politique c’est-à-dire discutée, négociée -> conscience
  • Société en constante évolution dans le modèle en 2 axes
  • Pré-nom guanxi
  • Etre libre c’est de ne pas travailler
  • Besoin = de se différencier & de s’affilier
  • Economie « collaborative » pour créer l’illusion de ne pas être désaffilié ?
  • Le travail libère et/ou asservit : quel choix ? Quelles règles ?
  • L’homme libre se définit en creux par rapport à l’esclave -> l’innovateur se définit en creux par rapport au salarié
  • Identité(s)/appartenance(s) Subie(s)/choisie(s) multiple(s)
  • Collaboratif vs collectif
  • L’économie collaborative c’est de l’économie. La collaboration c’est de la politique
  • Collaboratif ne signifie pas communautaire
  • Si on permet aux machines de communiquer entre elles, elles vont se révolter
  • La construction complémentaire de l’individu par le collectif & l’individuation
  • Le respect = se sentir intégré et singulier à la fois
  • Economie collaborative idéologie tendue entre : Vision « place du village », Vision plateforme capturant la valeur crée par les échanges
  • Le collaboratif se fonde sur la guerre (place du dialogue ?)

Post-it rouge : une question

  • On n’a jamais été aussi proche et à la fois aussi loin
  • Si la guerre a structuré la cité, quelle « guerre » va structurer la cité intelligente ?
  • La position centrale sur le diagramme est –elle, comme il semblerait, une position d’équilibre à rechercher ?
  • La taxation comme moyen de l’équité ? (par l’institution)
  • Dois-je m’inquiéter de voir le mot « collaboration » aussi près du mot « esclavage » sur la matrice ?
  • Où se positionne la dimension libertaire ?
  • Comment viser l’expansion d’un collectif harmonisé (communauté, société) quand nos structures de pensés communes semblent questionnées par la crise ?
  • Comment refaire aimer le « doux commerce » ?
  • Identité -> liberté : appartenance, exclusion, émancipation
  • Economie rénovée ou nouvelle économie ?
  • Quel est l’avenir du gratuit ?
  • Viser la cohérence (ce que je dis/ ce que je partage/ ce que je fais et de quoi je profite)
    Une grille d’évaluation ?
  • Le monopole protégé est-il nécessairement gênant ? (Exemple : l’institution, son rôle)
  • L’ingénieur doit-il penser en axes uniquement ? 400 équivalents esclaves énergétiques ? Comment irriguer l’entreprise avec d’autres ateliers de distillation ?
  • Préciser le projet politique = la gouvernance, la gestion des ressources …
  • Est-ce qu’on peut s’organiser autrement que pour la guerre et réussir ?
  • Quels sont les nouveaux rituels créateurs de communauté ?
  • La question reste entière ! Comment l’économie collaborative induit une refondation du travail dans : La notion de management, de mode de collaboration et réglementaire ?
  • Les dirigeants des entreprises de l’économie collaborative doivent-ils obligatoirement être eux-mêmes collaboratif ?

Intervention Thierry Mennissiers

Formulation d’une problématique

On avait essayé de mettre en relation collaboratif et partage, car il permettait d’associer un certain nombre d’image que les communautés innovantes partagent plus ou moins. Les images ne manquent pas sur le fantasme démocratique, sur la démocratie depuis le début de la modernité, sur l’omnicratie c’est-à-dire le pouvoir de tout sur tout.

Formulation de la Problématique : on part de l’idée qu’avec l’émergence de l’économie collaborative, il se joue une tendance de fond mais on est bien en peine de définir laquelle. On peut faire l’hypothèse que ça a un rapport avec le déplacement de l’emploi industriel salarié.

Un exercice comme introduction

J’aurais envie de vous demander à partir de votre expérience, de vous rappeler une expérience humaine forte que l’on a eue au travail. Chacun se rappelle de cette expérience humaine forte qu’il a eu au travail en identifiant pour lui-même les conditions de l’expérience, en singularisant les émotions qu’il a vécues dans leur succession et variétés contradictoire. L’intérêt de la sensibilité c’est qu’elle peut nous dire, faire sentir des choses contradictoires, c’est pour cela qu’elle est intelligente et c’est pour cela que la raison l’est beaucoup moins que la sensibilité. Après il faut se demander dans quelle mesure cette situation a été transféré et utile pour une autre situation : en quoi il y a eu un apprentissage et une connaissance ?

  • Tout seul, puis deux par deux en touchant l’autre personne, puis restitution au groupe

Cet exercice peut permettre la transmission corporelle de l’information. On a générer un mouvement, le mouvement passe par le toucher corporel. Pour innover il faut pratiquer l’improvisation kinésique (serious game = be human in the chaos). L’incorporation permet l’appropriation du mouvement, et ce mouvement donne ensuite le décalage pour innover.

On a fait venir et réfléchir l’expérience par un dialogue incarné.

Richard Sennett

On fait appel au sociologue Richard Sennett, sociologue et historien américain. Né en 1943 : sensibilité commune à la culture urbaine. Il fournit déjà dans ces œuvres des éléments sur cette économie collaborative.

« Les tyrannies de l’intimité » : Dans son ouvrage, il parle du basculement qui se passe de la sphère public à la sphère privé, et en quoi le privée devient la matrice de la relation sociale.

La question qui anime cette œuvre est la suivante : de quelles compétences ont besoin les humains dans la vie quotidienne ? (Compétence pour la vie quotidienne) Cette question nous amène à un autre auteur : Michel de Certeau, grand sociologue. Tout la culture du scepticisme philosophique et pragmatisme = en suivant John Dewey ou Richard Rorty.

Quelles compétences pour être humain ?

Ces compétences sont des compétences humaines au double sens : pratiquées par les humains et visant le développement de l’humanité, une qualité morale et pas seulement une description sociale. Cet auteur se trouve donc à l’interface d’une description de la socialité humaine et d’une recherche normative ou axiologique (ce qu’il faut faire ou les valeurs axiologique).

Qu’est ce qui fait que dans une vie quotidienne qui s’automatise (process production, gestion) on reste humain ? Quelles compétences sont nécessaires pour rester humain ? Question très profonde qui s’ancre dans une culture anti totalitaire. Auteur proche : Georges Orwell

  • Question : pourquoi rester humain et pourquoi pas le devenir plus ?

Car justement l’idée est qu’il y est une inquiétude qui est mise là-dessus aujourd’hui. Toute l’œuvre de Sennett est dominé par ça : la modernité rationalité tendent à nous faire devenir inhumain = presque du marketing ? Car la rationalité est elle-même humain. Un peu dans l’ère du temps de la postmodernité qui remet en question la rationalité croissante.

  • Question : tu penses que la finalité c’est la rationalisation de croissance ? = pour Sennett oui.

The craftsman

L’auteur part de l’idée que le problème modernité/rationalisation nous fait perdre de vue les ressources artisanales et le ressources du métier (craft). Il y a un préjugé social qui s’attache à la disjonction entre la tête et les mains : la tête supérieure la main (ingénieur supérieur à l’artisan). Dans le fond, la rationalisation / industrialisation dégrade les formes pratiques de socialisation. D’où cette phrase :

« Le métier désigne un élan humain élémentaire et durable, le désir de bien faire son travail en soi »

Une sorte de désir vital incarné qui nous rend humain. Cela traduit une rupture de la part de l’auteur, avec la tradition philosophique occidentale. Les philosophes grecs ont vraiment tout fait pour supposer les activités intellectuelles supérieures aux activités pratiques en pensant et proposant pour toutes les humanités une hiérarchie, qui se joue dans l’éloignement avec les dimensions pragmatiques avec les difficultés techniques. Cette tradition d’enseignement a fait des dégâts considérables encore avec l’université française on l’on ne fait pas, on apprend « théorique ».

Homo faber et animal laborans

C’est aussi en rupture avec Hannah Arendt qui persistait à distinguer l’homo faber et l’animal laborans. Dans sa hiérarchie, il y a trois termes : le travail, l’œuvre et l’action dans la condition humaine. Le travail c’est le propre de l’animal laborans, qui au final ne travaille pas mais produit des fonctions vitales.

Et puis l’homo faber c’est l’homme de l’œuvre qui a tendance à s’élever un peu par rapport à l’animal. Sennett dit qu’il faut dépasser cela : mon « maitre » Hannah Arendt s’est totalement trompé, il faut repenser le rapport à la dimension pratique.

Le livre récent de Matthew Crowford, l’éloge du carburateur, qui vente les mêmes qualités.

L’idée c’est que l’on va revenir sur le plan épistémologique : le gap intellectuel que l’on a institué entre l’artisan et le créateur du fait de mauvaise habitude intellectuelle, n’existe pas. La pratique est créative, quand même elle s’inscrit dans des canaux d’apprentissage, mais elle nous ramène toujours à la difficulté d’action pratique. C’est cette difficulté qui va nous rendre intelligent, de cette difficulté né un gout pour l’inattendu et la capacité d’innover

Ethique de la coopération

Un autre de ses ouvrages « éthique de la coopération »= l’idée de base est que la coopération (et non pas la collaboration) est le fondement du développement humain. Il se situe sur un plan anthropologique plutôt que sociologique. Peut-être que la collaboration est un cas de coopération. Mais on ne parle pas directement de collaboration, ce n’est pas un travail.

Il repart de l’idée qu’il avait développé (ce que la main sait) « notre société moderne n’honore pas le bien faire comme elle le devrait. En effet dans la société moderne émerge un type de caractère particulier, la personne incapable de gérer l’effort social complexe et exigeant et qui se met donc en retrait » on trouve même des corps de métier entier. On est en plein constat que le fait d’avoir oublié le bien faire qu’est celui de l’artisan ; on génère collectivement une forme de vie sociale anormale aberrante.

Comment on devient progressivement inhumain et ayant mis l’accent sous une forme de rationalité coupé de la pratique ?

Le triangle de la technique sociale

Le titre « éthique de la coopération », qui ne comporte pas le sous-titre en anglais,  s’appuie sur la théorie des relations sociales de Sennett. Dans la théorie des relations sociales de Sennett, il y a le repérage du triangle de la technique sociale. Il se compose de trois angles : l’autorité acquise, le respect mutuel et la coopération acquise en temps de crise.

Il observe que dans toute situation humaine où il y a une expérience forte, il y a d’abord du respect mutuel entre les gens qui coopère. Il y a un collectif qui s’identifie. Il y a une autorité acquise qui va être acceptée : précisément dans le lieu de la coopération collaborative, dans le milieu du travail classique les chefs qui acquiert de l’autorité sont les chefs qui sont sur le terrain et engagent leur responsabilité. Ils sont reconnus pour leurs compétences.

La valeur de l’autorité acquise n’est pas moins forte que celle du respect mutuel. L’élément décisif pour que se créer une expérience humaine forte est la coopération en période de crise. La découverte que l’autre qui pouvait sembler un obstacle ou une limite à mon action, est en fait une ressource et qui m’apporte des ressources. Cette triangulation nourrit l’activité sociale.

Le triangle social ne transforme pas le travail. Il fait du travail autre chose qu’une expérience sans âme. Il fait contre poids à l’isolement formel. Ce genre de triangle social créer une civilité entre travailleurs et patron.

La civilité

Cette notion de civilité est le soubassement au dialogue. C’est plus qu’un usage partagé, c’est moins qu’un organigramme mais c’est ce qui permet de donner du sens à l’usage et aussi à l’organigramme : la civilité.

Réaction : Manquement du « pourquoi » de la mission dans le « triangle », toxicité du manque de sens dans un travail.

Détail : il s’appuie sur un auteur Robert Owen (fondateur socialise solidarisme…) = énonce quelques principes pour l’organisation équitable du travail). Alliant démocratie, activité social et vie commune (réinvention du commun).

Visée politique de Sennett : « la coopération sur le lieu de l’atelier, peut constituer un modèle d’organisation sociale ». Cela permet de redonner une consistance au « le fondement de la citoyenneté est de bien apprendre à travailler ».

On voit bien qu’il y a dans l’économie collaborative et du partage, l’idée diffuse de politiser, bien qu’on ne fasse pas de politique = c’est une politique non institutionnelle.

L’homme est un « animal politique », un vivant socio-politique (car politique n’existe pas vraiment en grec = polis, la cité) donc un être urbanisé, civilisé plus que n’importe quelles abeilles ou animal grégaire ;

C’est dans une activité sociale qui se pense elle-même que l’on est humain.

L’ouvrage vise de passer de la coopération affaiblie (monde industrielle) à la coopération renforcée. Sennett dit « une page est ouverte pour la penser ». Il estime que la solution se trouve dans l’usage même : puisque nous sommes socialisés, il ne s’agit pas de se politiser en durcissant les conflits il s’agit de pratiquer les plaisirs de la communauté. Il passe par la discussion et l’informel et jamais par l’organigramme.

Le guanxi

Le guanxi = code de cohésion sociale de la société chinoise, qui peut être traduit par réseaux. Il s’agit d’un lien informel instaurant un réseau de soutient hors d’un cercle rigide de règle et de régulation établie. Celui Qui reçoit de l’aide aujourd’hui la rendra à un autre moment sous une forme que nul n’a établie, tout en sachant que cela se produira. Il s’agit de fonder la coopération en s’inspirant du guanxi en fondant les pratiques sur la réciprocité durable. Il s’agit d’instaurer des solidarités à partir d’expérience forte.

Réseau des anciens déportés sont les plus forts, ce sont eux qui font tenir aujourd’hui l’économie chinoise. Le guanxi donne aussi un « réseau », il devient aussi le centre du fonctionnement actuellement à cause des périodes de bouleversement. L’ordre du guanxi est supérieur à celui de la famille. Il est possible d’être écarté d’un guanxi. Le ciment est une expérience forte, plus elle est forte plus les liens sont forts.

Forte mobilité interne « déracine » des personnes de leur guanxi « natal ».


Post-it vert – ce que je retiens d’essentiel

  • Coopération différent de collaboration
  • L’entrée dans le salariat n’a pas été simple et facile pour tous ! le perdre n’est peut-être pas si grave !
  • Triangle social et ses limites
  • La coopération s’installe à partir d’expériences fortes
  • Crise comme déclencheur de coopération
  • Passer de la « coopération affaiblie » à la « coopération renforcée »
  • La coopération est le fondement du développement humain
  • Pratiquer le plaisir de la communauté
  • Le plaisir de s’interroger sur : quelles compétences pour rester humain ?
  • Le guanxi est un peu partout, mode des réseaux
  • Expérience collaborative fondatrice
  • Faire ses mains pour apprendre et être plus équilibrés
  • Honorer le bien faire + artisan valorisé
  • Fonder le coopératif sur des pratiques instituées et durables
  • L’humain c’est celui qui décide de coopérer ou non ou +
  • Les liens troubles entre l’économie collaborative et économie réelle actuelle
  • Laborans tête et main (le geste et la parole)
  • Humain et coopération seraient synonymes
  • Coopération => exclusion
  • Le partage
  • Place d’expérience nouvelle, voir de la crise dans la capacité / innovation
  • Quelles sont les compétences que l’on doit avoir pour rester humain

Post-it rouge – Questions

  • Comment créer le respect mutuel et la coopération réciproque ?
  • (Trop de collectif tue l’individu) et la personne libre dans tout ça ? (guanxi = perte de liberté)
  • L’avenir de la notion / attachement au / de métier ?
  • Comment accepter l’autre sous ses différentes formes
  • Coopération différent de collaboration ?
  • Communauté ? Solidarité de réseau ?/ Travail collectif ? Collaboratif. ? Coopérer ? Quelles différences ? Quels résultats ? Comment en redéfinir le modèle de travail ?
  • Le guanxi répond-il à un mode réel de coopération par rapport à ce qui a été présenté avant ? Est-il souhaitable ?
  • Co-opérabilité et sens de l’activité
  • Comment pacifier le respect mutuel et la coopération refroidie ?
  • Rapport entre coopération et solidarité ?
  • Que serait un guanxi pour l’individu aux multi-expériences ?
  • Remettre l’expérience au centre. Comment se doter de dispositifs qui créent de la friction, de la conscience, au lieu de fluidifier et diluer l’échange ?
  • Comment valorise t’on la coopération dans l’entreprise et à l’école ?
  • Quelle forme d’activité après l’entreprise ? Quels liens entre coordination et coopération par la pratique ?
  • Valorisation de la coopération
  • Qu’est –ce que l’humanité ?
  • L’économie collaborative permet peut-être de vire des expériences plus riches de sens que le travail « classique »
  • Nécessité d’une crise ?
  • C’est quoi un guanxi sans exclusion ?
  • Humain = travailler ?
  • Comment introduire l’échange corporel comme pratique dans les entreprises pour amplifier le mouvement de l’innovation ?
  • Comment créer de l’intérêt commun qui soit plus que la somme d’intérêts particuliers ? ?
  • Nécessité d’une crise pour avoir le triangle social ?