Plénière du 10/03/2016

Timeline unpossible

Plénière du 10/03/2016

EDITO : 

Sujet de cette première plénière de l’an 2016 : l’économie collaborative et ses impacts sur le travail ou en d’autres termes « faut-il mettre d’Huber dans les épinards ? ». Plusieurs thématiques émergent de façon récurrente au travers des exposés et travaux :

  • La confiance qui s’impose à plusieurs reprises comme sujet central : pour Netexplo, la confiance est la monnaie du XXI° siècle, la création de la confiance est un enjeu majeur dans les organisations contributives pour Mac Arthur Gauthey, la confiance encore, au cœur des systèmes collaboratifs pour la distillerie qui a planché sur le sujet.
  • Le bien commun, du « grand autre » proposé par Dominique Christian. Bien commun en tant qu’aspiration partagée d’un collectif animé par une motivation qui dépasse l’intérêt des individus mais aussi bien commun « vampirisé » par des acteurs parasites qui captent les infrastructures du bien commun pour créer de la valeur sans contribution retour.
  • Activité versus travail : L’activité se définissant comme la rencontre entre un individu et une tâche, nous assistons au passage de l’ère de l’emploi salarié à l’ère de l’activité, un retour dans l’histoire, le travail salarié étant finalement une affaire récente.
  • Repenser le collectif : Les différentes interventions convergent vers l’idée qu’émerge un nouveau paradigme économique mais qu’il ne pourra éclore sans être accompagné, voire porté, par un nouveau paradigme sociétal, une nouvelle conception du monde, du vivre et travailler ensemble. Un modèle social qui devra accompagner la mutation des formes de travail. L’invention, par exemple, d’un syndicalisme collaboratif, ou l’acceptation de l’idée que puissent se développer d’autres formes d’existence sociale que par le travail.

De nouveaux mots pourront ainsi apparaître, comme « Respirailler» prendre le temps s’arrêter de travailler ou « l’egologie » qui désigne la science qui s’intéressera à la place de l’homme dans son écosystème.


Pourquoi ce sujet ? par Edwin Mootoosamy et Laura Le Du.

L’histoire serait elle en train de se rejouer, une relation négociée sans lien de subordination qui vient concurrencer le travail salarié généralisé par l’organisation scientifique du travail au début du XX°.

Quels seront les nouveaux modes de transaction et d’organisation à mettre en place pour le futur ? Quels seront les mécanismes qui permettront de valoriser les micros taches réalisées par les utilisateurs des plateformes collaboratives.

Les difficultés de gouvernance rencontrées par la plateforme collaborative « reddit » sont un exemple de l’évolution de la relation entre gouvernance et contributeurs bénévoles.

Voir la vidéo de l’intervention

Netexplo : Thierry Happe

Netexplo conduit une étude internationale appuyée sur un système de captation des usages innovants par un réseau mondial de professeurs d’universités.

Premier constat, l’innovation ne se trouve jamais là où on pense, elle se développe aux marges des états, des entreprises, des centres de recherche institutionnels.

Netexplo propose d’utiliser une grille de lecture sociologique de l’innovation digitale :

  • Observer la société qui adopte plus vite le numérique que les entreprises et les états
  • S’intéresser aux usages plus que la seule techno numérique
  • S’ouvrir aux pays émergents, écosystèmes les plus dynamiques grâce au numérique

Deuxième constat : 32 % des innovations observées sont financées par des plateformes participatives.

Troisième constat : L’économie collaborative est fondée sur la chute des coûts de transaction. Il est aujourd’hui plus facile de trouver un client qu’un job. La digitalisation accélérée des transactions fait exploser les modalités traditionnelles du travail. Le digital change notre représentation des usages.

Le débat qui suit l’intervention met en évidence la complexité du sujet et les questions qu’il pose. La théorie des coûts de transaction est questionnée, l’innovation se fait de façon duale : d’un coté la réduction des couts de transaction mais ceux-ci sont rendus possibles par le travail d’infrastructure réalisé par les grandes entreprises.

Faut-il rechercher un modèle qui englobe l’autonomisation des individus et le maintien du collectif ? Mise en évidence de la difficulté de transformation des grandes entreprises.

La distribution de la valeur dans une organisation contributive et en réseau. (M.A. Gauthey)

Mac Arthur Gauthey est un des animateurs de Ouishare, et dans son intervention fait part avec une grande transparence des joies et difficultés du fonctionnement et de la gouvernance d’une organisation contributive.

Ouishare tente d’apporter une réponse à la question : « Quelle gouvernance pour une organisation distribuée et contributive ? » Quelle pratique de la « do-ocratie » ou le pouvoir par le « faire ». Un homme égale une voix, ça ne marche pas. Ouishare n’est pas une Démocratie, mais une organisation sans structure qui se développe de façon organique.

L’exposé aborde le sujet de la représentation de l’organisation par ses membres, chacun portant sa propre représentation et pouvant raconter une histoire différente selon à qui il s’adresse.

Quelle est la valeur d’une contribution dans une organisation ? Le principe d’égalité est constamment mis à l’épreuve de la valeur générée.

Dans une organisation contributive, c’est le contributeur plus que l’organisation qui décide de la hauteur et de la nature de sa contribution.

Voir la vidéo de l’intervention

FING La musette du travailleur du XXI° siècle (Anne Brugière)

La fing nous propose de partager une réflexion sur la « conception » de la musette du travailleur du XXI° siècle, à l’image de la musette du compagnon du devoir qui partait sur les routes à la rencontre des maîtres qui allaient lui enseigner son art.

Individualisation du travail et partialisation des tâches sont facilités par le numérique, dans ce contexte, comment redonner du sens à son activité. Faut-il souhaiter la (re)création de nouveaux collectifs de travail à l’image des guildes qui prendraient en charge des fonctions RH et formation progressivement abandonnées par des entreprises sans salarié ?

Restitution économie collaborative

On nous annonce que l’économie collaborative peut s’appliquer à tous les domaines de l’économie et de la vie. Un enthousiasme, une ferveur pour ce mode d’échange.

Pour illustrer les pratiques collaboratives basées sur l’échange non marchand, Thierry MENISSIER nous fait voyager dans l’imaginaire des indiens d’Amérique et de la cérémonie du Potlatch qui implique une triple obligation :

  • Donner, faire preuve d’une excessive capacité de donner
  • Savoir recevoir, possibilité de refuser de recevoir.
  • Contre-donner. Dans le contre don va se dérouler une compétition somptuaire, une sorte de surenchère du sacrifice. Si le recepteur n’accepte pas le contre don, l’objet est détruit en public.

Dans le Potlatch l’objet de l’échange n’est pas que matériel, des âmes, une histoire, des valeurs sont transmises, il y a une dimension transcendantale, extrahumaine dans cet échange qui vient nous interroger sur : « comment rester humain dans un monde où l’on interagit avec des intelligences non humaines ».

Une autre manière de penser la puissance et le collectif :

  • Repenser la socialité par un système d’obligations mutuelles
  • Créer du politique, en intégrant la violence interpersonnelle
  • Installer une économie paradoxale en sacrifiant les biens matériels

Fréderic Touvard présente les cartes concepts produites aux cours des distilleries.

Dominique Christian, philosophe ambulant et inquiet de l’émergence des organisations parasites, nous annonce que « Le vers solitaire n’est pas l’avenir de l’homme ».

La confiance, on s’allie avec l’autre pour quelque chose, le « grand autre ».

La partialité chez Young. L’individu se constitue dans ses partialités. Ma singularité préexiste au collectif, en occident, le prénom avant le nom, à la différence des chinois qui ont un nom et un post nom.

Le collaboratif occupe l’espace entre l’individu et le collectif. Des individus qui sont désaffiliés et qui se croient autonomes. Quand il n’y a plus le « Grand Autre » il reste le marché. On en arrive à marchandiser l’intime, sa tanière (airB&B). Le parasitage intervient quand on utilise un bien commun sans participer à son entretien.

L’économie coopérative (Jean-Luc Chautagnat)

Les formes d’économie collaborative sont intéressantes à observer et constituent aujourd’hui une forme stable d’organisation qui est peut être une réponse aux mutations du travail ? De nouvelles formes apparaissent comme les coopératives d’emplois qui concilient le statut de salarié et celui d’entrepreneur ou comme la société coopérative d’intérêt économique (SCIC) un modèle hybride qui permet de réunir des acteurs différents autours d’un intérêt commun.

La forme coopérative nécessite de mettre en place une ingénierie de la décision qui peut prendre du temps en passant par plusieurs phases : appropriation du sujet, débats, propositions de solutions, enrichissement et débat, prise de décision. Tout le monde n’est pas prêt à investir l’énergie et le temps nécessaire pour participer à un projet coopératif.

La volonté d’aller vers un système coopératif mutualiste, qui peut soutenir les entrepreneurs en difficulté et crée un marché interne qui crée de l’activité.

L’enjeu est d’arriver à marier les nouvelles formes d’organisation avec l’économie classique et en particulier les grandes entreprises.

Voir la vidéo de l’intervention

Evolution des métiers de la poste (Delphine Desgurse)

La place de la poste dans un monde qui change. Se réinventer grâce aux valeurs et aux infrastructures. Valoriser les actifs en favorisant leur usage et leur partage. Reprendre la main sur la relation clients. Mettre en tension le modèle industriel de la poste. Passer de la livraison à une adresse à la livraison à une Personne en mobilité. La culture industrielle du ROI à court terme est un frein à l’innovation. Il faut savoir investir sans connaissance de ce que cela va rapporter.

Ateliers

Trois ateliers :

  • Un travail sur le stage gate, imaginer l’organisation du service de l’évolution.
  • Quels sujets pour la prochaine distillerie ?
  • Inventer des mots pour parler du travail dans le futur

Bibliographie

Essais sur le don (Marcel Mauss, 1925)

L’énigme du don (Maurice Godelier, 1996)

Dossiers d’Alternatives Economiques. L’économie collaborative, le nouvel eldorado ? n° 4. Novembre 2015

Retrouvez le Scribe de Laurie

Voir le Timelapse du Scribe de Laurie