Les témoignages

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Edwin Mootoosamy
Edwin Mootoosamy

La Communauté Innovation Renault compte parmi ses membres un digne représentant de la génération des makers, start-uppers et autres boulimiques de l'innovation. Edwin Mootoosamy défend surtout l'innovation collaborative, au service et à la portée de tous, notamment par l'intermédiaire de la communauté OuiShare (http://ouishare.net/en) - dont il est co-fondateur. C'est par ce biais que Dominique Levent rencontre Edwin, et lui propose une place au sein de Renault afin de réaliser sa thèse. Edwin rejoint la Communauté dans la foulée fin 2013 et en devient un membre particulièrement actif.

Quels sont selon vous les forces de cette Communauté ?

La Communauté représente un réseau très particulier. Les participants ont la force de tous parler la même « langue », bien que venant d’univers différents, et surtout ils font preuve d'ouverture. C’est cette sérendipité issue de la pluralité des univers qui est intéressante. Cela nous permet d'aborder une multitude de sujets, d'accélérer les projets et les réflexions. Ce type de démarche joue un rôle déterminant dans l’appropriation de l ‘innovation émergente et donc alternative par des grands groupes. En outre, étant plus proche des start-uppers dans ce que je fais, je connais moins bien le monde de la grande entreprise. J'écoute donc avec beaucoup d'intérêt les participants qui témoignent de leur vécu et de leur rapport à l'innovation au sein de grands groupes.

Pensez-vous que ces écosystèmes doivent prendre de plus en plus de place dans le processus d'innovation ? 

Je crois en l’importance de ce genre de démarche mais je ne pense pas que ce soit forcément généralisable. Il faut être vigilant à garder cette grande part d'informel : ces groupes de discussion reproduisent la démarche « débrief à la machine à café », entre des profils particuliers. Si l'on adoptait une attitude trop dirigiste dans la formalisation de ces écosystèmes, les propos tenus auraient certainement moins de force. De plus la généralisation ferait émerger une forme de concurrence ce qui me semble être contre-productif pour ce type de démarche.

Quel regard portez-vous sur l'innovation en France et dans le monde ? 

Nous avons vécu une évolution dans le traitement de l'innovation ces 10 dernières années. Avant, seul l’argent public pouvait financer les grands programmes innovants comme Internet ou la conquête spatiale. Aujourd'hui, les Etats investissent de moins en moins dans ce genre de grand programme et de nouveaux modes de financement ont émergé. Avec notamment la généralisation du modèle « VC to IPO » alimenté par la culture entrepreneuriale de la Silicon Valley. Mais ce type de financement ne permet que des innovations sur les usages, basées sur des méthodes de « Lean startups ». 

Ces modes de financements font donc émerger des innovations technologiquement pauvres, c’est ce que Peter Thiel, co-fondateur de Paypal nous dit à travers le slogan de son fond d’investissement, Founders Fund : « Nous voulions des voitures volantes - nous avons eu 140 caractères à la place ». Et son acolyte Max Levchin (un autre membre de la « Mafia Paypal ») de rajouter : “on dépense beaucoup d’argent, mais qui ne produit pas nécessairement de sens, d’innovation de rupture”. Je partage cet avis.

La grande innovation technologique est aujourd’hui de plus en plus réservée à des entrepreneurs milliardaires un poil mégalo. Les grands groupes ont un rôle à jouer : ils doivent prendre des risques, se permettre une liberté d'expression et s’inspirer du dynamisme qu'on retrouve dans les start-ups, mais avec leurs moyens. Il faudrait que l'innovation prenne un sens plus disruptif, avec des procédés nouveaux un peu moins « faciles ».

Aurélien Barreau - Astrophysicien philosophe
Aurélien Barreau - Astrophysicien philosophe

Spécialisé dans la physique des astroparticules, des trous noirs et en cosmologie, Aurélien Barreau est un personnage inspiré (et inspirant) qui explique qu'il ne fait partie de la communauté innovation Renault que depuis quelques heures quand nous lui demandons de se livrer à l'exercice de l'interview flash. Il partage ses impressions et sa réflexion au terme de sa première matinée.

Qu’est-ce que vous apporte la communauté et que pensez-vous y apporter ?

« J'ai une certaine défiance a priori, mon impression spontanée par rapport à ce genre de rencontre est plutôt dubitative. Bien évidemment, a posteriori, on découvre. J’espère apporter un temps de latence : comme un court loisir (comme un film au cinéma, jouer avec les enfants etc.), les latences sont des temps pendant lesquels le cerveau ne travaille pas sur ce qui nous est directement utile. On en a extraordinairement peu. Je veux donc un temps de latence, d’intellection essentiellement déconnectée de nos préoccupations professionnelles. L’astrologie s’y prête car le mythe fait sens, c'est un récit collectif, qui expose une histoire commune. 

J'en retire a minima une confrontation à l’altérité. Les membres sont tout à fait agréables, subtils et informés. J’aime foncièrement l’idée qu’il y ait de l’échange entre ceux qui ont un être au monde différent. Par exemple on a évoqué tout à l’heure l’open source. La question que tout le monde s’est posé c’est : « est-ce qu’on gagne plus ou moins que dans un modèle capitalistique tel qu’on le connaît ? » C'est une question très légitime. Mais dans mon monde, on se la poserait pas forcément. On se demanderait plutôt,  au mieux : « qu’est-ce qui va créer plus de connaissance ? » ; au pire : « qu’est-ce qui est profitable à l’humanité ? » Absolument pas par vertu mais pour le simple fait que l'on a un rapport au monde complètement différent. Donc les questions qui se posent ici sont intéressantes de par leur différence assez radicale comparée à celles auxquelles je suis confronté d’habitude ».

Dominique Laousse - "On partage une idée de l’innovation qui nous pousse à fonctionner ensemble"
Dominique Laousse - "On partage une idée de l’innovation qui nous pousse à fonctionner ensemble"

Dominique Laousse est à la tête du service « innovation et prospective » de la SNCF. Grand convaincu du bien-fait de ces cercles de réflexion, il explique que la Communauté Innovation Renault est la plus importante qu'il fréquente. Entre stimulation intellectuelle et développement du réseau, ce spécialiste de l'innovation (il travaille dans ce domaine depuis le début de sa carrière) développe ici son point de vue.

Quels avantages trouvez-vous à la Communauté Innovation Renault ? 

Cela permet de voir comment d’autres entreprises réfléchissent à des process ou des problématiques différentes. On partage une idée de l’innovation qui nous pousse à fonctionner ensemble. C'est très stimulant. Par exemple, nous avons eu l'occasion d'aborder le sujet du Hardware ce matin. Mon équipe et moi avons travaillé sur le Hardware il y a quatre ans déjà, en collaboration avec le MIT. Il y avait besoin de ce temps de confirmation de quatre ans manifestement. Cela signifie également que nous avons un peu d’avance sur la question. Je vois monter l'intérêt pour le Hardware en différents endroits. Ce sont autant de confirmations qu'il serait judicieux de rouvrir le dossier. 

La diversité des entreprises et des profils est aussi un atout de cette communauté. Le fait de travailler avec des homologues nous mène à nous rendre des services, en intervenant dans d’autres entreprises par exemple. Il est clair que le simple fait d'être là ne suffit pas : il faut s’ouvrir, discuter avec d’autres interlocuteurs, participer aux activités de la communauté. On peut également faire germer des idées au sein de la communauté et les traiter ensuite de manière plus industrielle, en dehors si nécessaire. Il serait bon je pense que l'on arrive à dégager un peu de temps pour aller au-delà de ces rencontres et travailler à plus de projets, même exploratoires».

Une représentante du milieu académique
Une représentante du milieu académique

On déconnecte trop souvent le monde de l'entreprise et celui de la recherche universitaire. Mlle XXXX, qui inscrit sa carrière dans le management des projets entre ces deux univers, participe à la Communauté Innovation Renault. 

Pourriez-vous nous expliquer les raisons de votre participation à la Communauté Renault ?

« Mon travail consiste à mettre en relation la recherche (universitaire) et l'entreprise. Les grands groupes commencent à s’intéresser aux universités, berceau de la recherche. Cependant, cela n'est pas bilatéral pour le moment. Si les entreprises manifestent leur intérêt pour une collaboration avec le domaine académique, ce dernier peut souvent partir sur des projets déconnectés des problématiques managériales de l'entreprise. Ma fonction consiste donc à être plus en amont de la collaboration pour aller écouter les besoins des entreprises et ensuite leur apporter des solutions. J'essaie de lier les deux mondes. Je viens donc à la Communauté avec plusieurs motivations : avoir accès à un contenu unique sur l'innovation en mobilité, apporter autant que possible mon expertise dans le management entre entreprises et universités, et enfin de profiter de la diversité des entreprises représentées ici pour envisager une collaboration.

Un loup solitaire de l'innovation
Un loup solitaire de l'innovation

XXXX, membre du service innovation du groupe La Poste, assiste à la réunion plénière avec curiosité et optimisme. La Communauté est l'occasion pour XXXX d'élargir encore sa réflexion sur l'innovation et notamment d'échanger avec des homologues... histoire de se sentir un peu moins seul ! 

Pourriez-vous nous exposer vos motivations à assister à cette plénière de la Communauté Innovation Renault ? Que présente-t-elle de différent ?

Nous sommes tous dans des entreprises qui ont une idée du business, certes, mais le fait de se projeter dans le long terme, et de faire de la prospective n'est pas encore complètement rentré dans la culture de l'entreprise : l'innovation est une problématique particulière qui est souvent mal comprise. La Communauté est l'occasion de voir ses homologues, de se sentir moins seul. C'est donc très intéressant de voir qu'il y a des gens qui se posent les mêmes questions que vous.
Souvent, le service « prospective et innovation » dépend de la volonté d'un homme, qu'on vous décrira souvent comme un hurluberlu, qui va avoir la curiosité de s'intéresser à cette façon d'envisager le futur d'une entreprise. La Communauté présente aussi une particularité par rapport aux autres événements liés à l'innovation et à la prospective auxquels j'ai pu assister. La plus grande majorité de ces rendez-vous sont très orientés solutions, high tech, nouveauté... Ici c'est un endroit où on fait beaucoup de philosophie notamment. C'est très, très particulier. Voilà pourquoi je viens retrouver la Communauté : échanger sur l'innovation, construire un regard différent et surtout moins technique.